Paul Harricks
Counsel
Article
Principales tendances à surveiller d’ici la fin de 2026
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Le secteur canadien des centres de données entre dans une nouvelle phase, alors que tous les paliers de gouvernement cherchent à promouvoir, voire restreindre, les projets nouveaux et existants qui surgissent pour répondre à la demande toujours croissante d’infrastructures numériques. Or, l’énergie se trouve au centre de ce débat, l’accès à l’électricité et le coût de celle-ci déterminant comment et où les projets peuvent s’implanter.
Nous vous présentons les trois développements que nous surveillerons d’un bout du pays à l’autre au cours des derniers mois de l’année 2026.
Dans plusieurs grands marchés canadiens, l’accès aux réseaux électriques s’inscrit dorénavant dans les risques majeurs des projets. En effet, les gouvernements provinciaux travaillent à l’élaboration de nouvelles réglementations qui visent à prioriser, à attribuer et à approuver les raccordements pour les grands projets de centres de données.
D’ici la fin de l’année 2026, trois provinces devraient progresser à cet égard :
Devant l’ampleur de la demande en électricité provenant des centres de données, certaines provinces réexaminent également la manière dont ces grands utilisateurs devraient payer l’électricité qu’ils consomment ainsi que les coûts qu’ils imposent au réseau.
Dans la foulée des consultations ontariennes mentionnées précédemment, soit la proposition d’un Cadre d’évaluation économique et stratégique des nouveaux centres de données, la province demande également explicitement quelles incidences opérationnelles et financières aurait l’établissement d’une catégorie de tarification de l’électricité distincte pour les nouveaux centres de données. Le seuil indicateur de la taille d’un projet de centre de données susceptible d’être visé par ce tarif est actuellement fixé à plus de 1 MW.
En vertu de cette proposition, les centres de données en Ontario et relevant de cette nouvelle catégorie ne seraient pas admissibles à l’initiative d’économies d’énergie en milieu industriel (IEEMI), qui permet actuellement aux grands consommateurs admissibles de réduire leurs coûts de rajustement global en diminuant leur consommation pendant les périodes de pointe.
Hydro-Québec a déposé une demande d’approbation pour un nouveau tarif CD applicable aux centres de données dont la demande autorisée est d’au moins 5 MW. Cette proposition prévoit la mise en place d’une structure tarifaire propre à ces installations, y compris des exigences minimales de facturation et des frais supplémentaires lorsque la demande pendant la phase de croissance d’un projet dépasse les niveaux convenus.
La Régie de l’énergie a confirmé la tenue d’une audience début d’octobre. La proposition initiale prévoit une date d’entrée en vigueur au 1er novembre, mais celle-ci est assujettie à la décision de la Régie.
Outre les variables liées à la réglementation et à l’approvisionnement en électricité, les promoteurs et les investisseurs doivent également évaluer les risques associés à une incertitude technologique plus générale sur le marché.
Un article dans le Financial Times a récemment souligné le fait que la viabilité croissante des petits modèles de langage (mieux connus sous le sigle anglais SLM pour Small Language Models), en tant que solution de rechange décentralisée aux grands modèles de langage (ou LLM pour Large Language Models), remet en question l’hypothèse d’investissement de nombreux promoteurs de centres de données.
Certaines personnes estiment que cette dynamique pourrait s’apparenter à la transition vécue au début des années 1980, lorsque l’informatique grand public est devenue suffisamment performante pour commencer à supplanter l’infrastructure centralisée des ordinateurs centraux pour de nombreuses applications utilisateurs. En effet, même si les premiers ordinateurs domestiques n’avaient pas la capacité de traitement brute des ordinateurs centraux, ils étaient suffisamment performants pour les tâches quotidiennes et offraient des avantages que les systèmes centraux, plus volumineux, coûteux et encombrants, ne pouvaient proposer.
Or, si le marché s’oriente vers les SLM – une approche qui, selon certains observateurs, s’alignerait sur les choix stratégiques d’Apple en matière d’IA –, la demande anticipée pour des infrastructures de centres de données massives et centralisées pourrait s’essouffler. Comme Mark Cuban l’a fait remarquer récemment, cette décentralisation potentielle de la puissance informatique comporte un risque important : certains projets actuels de centres de données à grande échelle pourraient devenir obsolètes. Ce faisant, cela créerait, comme il l’a formulé, de merveilleux nouveaux espaces pour des terrains de pickleball, l’autre enjeu brûlant qui empêche les membres de conseils municipaux de dormir la nuit.
Par conséquent, lors de la modélisation de la rentabilité à long terme des projets, il est prudent de tenir compte de la possibilité d’une dispersion technologique et de l’incidence que celle-ci pourrait avoir sur les besoins futurs en matière de capacité. En d’autres termes, nous pourrions finir par utiliser des solutions d’IA suffisamment performantes sur nos téléphones et ordinateurs portables, et ne recourir aux outils centralisés des centres de données énergivores que pour les problèmes les plus sophistiqués et complexes.
Ensemble, ces développements signifient que l’accès à l’électricité devient plus difficile et potentiellement plus coûteux. Les promoteurs et les propriétaires de centres de données devraient donc réfléchir d’entrée de jeu à la manière dont l’évolution des règles de raccordement et des modèles tarifaires pourrait affecter les échéanciers, les approbations réglementaires, la rentabilité et les engagements contractuels de leurs projets.
Les coûts de l’électricité, les seuils de base en matière de demande et d’autres obligations liées aux services publics doivent être bien compris et intégrés à la modélisation du projet avant que des décisions clés en matière de développement et d’investissement ne soient prises.
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