Ella Ryu
Articling Student
Article
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Cet article paraît dans notre guide Perspectives du secteur de la défense – 2026, qui explore les grandes tendances au sein des secteurs canadiens de l’aérospatiale et de la défense. Lisez notre analyse et téléchargez notre guide ici.
« L’influence de la technologie spatiale se fera sentir dans tous les foyers canadiens… Les éléments de la technologie spatiale qui sont essentiels pour le Canada doivent donc nécessairement rester sous contrôle canadien. » [Traduction]
– Rapport Chapman, 1967[1]
Le Budget 2025 a ravivé les ambitions du Canada dans le domaine spatial. En effet, il a introduit un vaste éventail d’investissements visant à rebâtir le potentiel en matière de défense nationale, à accélérer les innovations à double usage, à renforcer la résilience industrielle et à accroître la capacité du pays à participer aux architectures de sécurité des pays alliés. Plusieurs de ces mesures entraîneront des retombées directes et indirectes sur la croissance, la compétitivité et le positionnement mondial du secteur spatial canadien[2]. Dans cet article, nous présentons certains engagements notables prévus dans le Budget 2025 en matière de dépenses liées au secteur spatial.
Ces investissements s’inscrivent dans le cadre d’un engagement gouvernemental plus vaste, de 81,8 G$ sur cinq ans, qui vise à renforcer la souveraineté et la sécurité nationales. En effet, le Canada est confronté à la nécessité stratégique croissante de surveiller ses territoires du Nord et de l’Arctique, de protéger les infrastructures essentielles et éloignées, d’assurer la sécurité des communications, de maintenir la surveillance de l’espace et de protéger la souveraineté des données. Les ressources spatiales sont désormais essentielles pour s’acquitter de ces responsabilités, notamment les satellites, les systèmes d’observation de la Terre, les liens sécurisés, les infrastructures au sol et les voies de lancement fiables.
« La lutte du Canada pour conserver une identité indépendante… nous amène à développer des technologies concurrentielles, à former des scientifiques et des ingénieurs, et à résister fermement à l’érosion du contrôle national sur le tissu essentiel de notre structure nationale. » [Traduction]
– Rapport Chapman, 1967
Dans le cadre du bien nommé programme Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité (IDEeS), le Canada fait progresser ses capacités spatiales et de défense grâce à des initiatives ciblées, comme les défis Levez les boucliers ! et Lancer le Nord. Sous la direction du MDN et des FAC, l’initiative « Lancer le Nord » vise à accélérer le développement de véhicules de lancement et de technologies connexes conçus au Canada. L’objectif consiste à permettre le lancement de charges utiles canadiennes sur le territoire du pays et à atteindre une capacité opérationnelle initiale pour les lancements légers dès 2028. Le défi offrait jusqu’à 100 M$ par projet, et la première phase de soumission des propositions s’est terminée le 9 janvier 2026.
Le MDN et les FAC reconnaissent que les forces armées des démocraties occidentales, dont celles du Canada, dépendent de plus en plus des capacités fournies ou rendues possibles par les systèmes spatiaux et les infrastructures spatiales et terrestres connexes (p. ex., les communications, la surveillance, la veille environnementale et la navigation). Afin de défendre et de protéger les satellites contre une série de menaces naturelles et d’origine humaine, les deux organismes ont également lancé une initiative visant à développer des capacités innovantes pouvant être intégrées dans la conception et l’exploitation des systèmes spatiaux du Canada. Les résultats de ce défi sont publiés sur le site Web d’IDEeS.
Ces efforts d’innovation sont complétés par les récentes mesures fédérales pour renforcer les infrastructures de défense spatiales dans les environnements opérationnels. Par exemple, en décembre 2025, le gouvernement a annoncé un partenariat stratégique avec des entreprises canadiennes du domaine spatial et des satellites afin d’améliorer les communications militaires par satellite dans l’Arctique, dans le cadre du Projet de communications par satellite améliorées – Polaire[3].
De plus, à mesure que les changements climatiques s’accélèrent, l’Arctique suscite un intérêt stratégique croissant, en raison de l’accès accru aux ressources naturelles, de l’allongement des saisons de navigation et de la viabilité grandissante des routes maritimes arctiques, en particulier le passage du Nord-Ouest (PNO). Or, alors que le Canada considère le PNO comme des eaux intérieures entièrement soumises à sa souveraineté, les États-Unis et d’autres pays jugent que la voie navigable traversant l’archipel arctique canadien est un détroit international. Dans ce contexte, le développement de capacités spatiales et de défense crédibles est essentiel pour permettre au Canada d’affirmer sa souveraineté dans le Nord, où, compte tenu de la résurgence de la realpolitik comme caractéristique dominante de la géopolitique mondiale, un contrôle efficace et une présence soutenue l’emportent de plus en plus sur les seules revendications juridiques.
Ces préoccupations sont renforcées par les conclusions mises de l’avant dans un rapport parlementaire de juin 2023, La sécurité de l’Arctique menacée[4]. Celui-ci souligne que les satellites sont essentiels à la surveillance et aux communications dans l’Arctique, et que, même si le MDN s’est engagé à acquérir des capacités de prochaine génération grâce à des initiatives comme le Projet de renforcement des capacités de surveillance spatiale aux fins de défense (PRCSSD), la capacité opérationnelle initiale n’est pas prévue avant 2035[5].
Le PRCSSD vise à fournir une surveillance spatiale de nouvelle génération grâce à l’intégration de capacités radar et d’identification, en se concentrant notamment sur une surveillance de l’Arctique à faible latence dans toutes les conditions météorologiques et une interopérabilité avec les systèmes alliés[6].
Dans le contexte d’une concurrence stratégique accrue dans l’Arctique – alors que la Chine s’est proclamée « État quasi arctique[7] » et que l’administration actuelle des États-Unis a cherché activement à étendre sa présence au Groenland en invoquant des arguments de sécurité nationale[8], au grand dam de ses alliés traditionnels[9] –, il est essentiel que le gouvernement fédéral mette effectivement en œuvre les mesures annoncées dans le Budget 2025 dans le domaine spatial. Il en va de sa capacité à garantir que le Canada est en mesure d’exercer un contrôle efficace sur son territoire arctique.
Ce faisant, des initiatives comme IDEes et Levez les boucliers ! constituent des pas importants dans la bonne direction pour veiller à ce que le Canada développe sa capacité nationale à protéger et à promouvoir de façon indépendante ses intérêts nationaux dans un ordre mondial en pleine mutation.
Pour en savoir davantage sur l’évolution de la politique et des capacités spatiales du Canada, consultez notre page sur le domaine spatial.
[1] Conseil des sciences du Canada, Upper Atmosphere and Space Programs in Canada: Report of the Space Research Advisory Committee, rapport Chapman, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1967.
[2] Gouvernement du Canada, Budget 2025 : Bâtir un Canada fort, Ottawa, ministère des Finances Canada, 2025.
[3] Gouvernement du Canada, Le gouvernement du Canada annonce un partenariat stratégique afin de renforcer les communications militaires dans l’Arctique, Ottawa, Services publics et Approvisionnement Canada, 9 décembre 2025.
[4] Sénat du Canada, Comité permanent, Sécurité nationale, défense et anciens combattants, La sécurité de l’Arctique menacée : des besoins urgents dans un paysage géopolitique et environnemental en évolution, 28 juin 2023.
[5] Ibid.
[6] Gouvernement du Canada, Défense nationale, Projet de renforcement des capacités de surveillance spatiale aux fins de défense (PRCSSD), Programme des capacités de la Défense.
[7] Gouvernement de la République populaire de Chine, Conseil d’État de la République populaire de Chine, China’s Arctic Policy, 26 janvier 2018.
[8] CBC News, Trump’s appointment of special envoy to Greenland sparks diplomatic backlash, CBC, 22 décembre 2025.
[9] Miranda Bryant, Denmark sets up “night watch” to monitor Trump after Greenland row, The Guardian, 27 novembre 2025.
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