Alors que les tensions commerciales nord-américaines atteignent un paroxysme, les entreprises canadiennes sont de plus en plus nombreuses à repenser leurs stratégies en matière d’investissement et de commerce international. C’est dans ce paysage tendu que l’Europe se démarque par son incroyable potentiel que les entreprises canadiennes ne peuvent se permettre d’ignorer. Mais se lancer sur un nouveau marché, surtout s’il est aussi vaste et complexe que celui de l’Europe, nécessite une planification rigoureuse, des ressources adaptées et une solide compréhension des cadres réglementaires et commerciaux de la région.

Afin d’explorer ces enjeux et possibilités, Gowling WLG a récemment organisé un webinaire dynamique et instructif, s’inscrivant dans une série à quatre volets consacrée aux occasions d’affaires à l’étranger. Animée par Wendy Wagner, chef du groupe Commerce international et douanes chez Gowling WLG au Canada, et réunissant des chefs d’entreprises ainsi que des experts du commerce dans les secteurs privé et public, cette discussion a permis de dégager plusieurs pistes pratiques pour aider les entreprises à planifier leurs prochaines démarches.

Pourquoi miser sur l’Europe?

Forte d’une population de quelques 500 millions de personnes bénéficiant d’une saine situation économique, l’Union européenne offre aux entreprises un milieu d’affaires sûr et stable, soutenu par une forte demande des consommateurs et un vivier de main-d’œuvre hautement qualifiée. L’Europe est aussi une porte d’entrée stratégique vers les marchés mondiaux, ce qui en fait une destination de choix pour les entreprises canadiennes souhaitant étendre leurs activités à l’international.

Ces atouts se voient renforcés par l’un des accords commerciaux les plus novateurs au monde : l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne (UE). Cet accord a non seulement éliminé les droits de douane sur 98 % des marchandises échangées entre les deux marchés; il a aussi facilité une coopération accrue en matière de réglementation, ouvert la voie à des occasions d’approvisionnement transfrontalier et tracé de nouvelles avenues pour la recherche et le développement dans des secteurs clés.

Chef de service économique régional à l’ambassade de France au Canada, Morgan Larhant a souligné que l’AECG est aussi un cadre dynamique, en perpétuelle évolution : « Il s’adapte en permanence », a-t-il précisé, mentionnant au passage les comités d’experts au Canada et dans l’UE chargés de répondre aux évolutions réglementaires et aux enjeux soulevés par les entreprises exportatrices.

Il existe aussi des raisons plus pragmatiques qui pourraient inciter les entreprises à franchir l’Atlantique. « Je crois qu’il est essentiel d’être proche de nos clients », souligne Pierre Pyun, vice-président, Affaires gouvernementales, chez Bombardier, évoquant la vaste présence du constructeur aéronautique canadien en Europe.

Alors, par où votre entreprise devrait-elle commencer? Qu’il s’agisse de déterminer la bonne stratégie d’entrée sur le marché ou de nouer des partenariats locaux, les experts ont fait part de plusieurs conseils aux entreprises canadiennes désireuses de faire leurs premiers pas sur le marché européen.

Déterminez votre cible d’affaires

Avant de pénétrer le marché européen, les entreprises doivent d’abord décider si elles privilégient l’exportation de biens et de services ou une implantation locale, un choix qui déterminera les enjeux réglementaires et opérationnels auxquels elles devront faire face. Dans les deux cas, l’étape suivante consiste invariablement à évaluer le potentiel du marché : existe-t-il une demande pour votre produit ou votre service? Si oui, où se situe-t-elle et quelle est son étendue?

Parmi les facteurs à prendre en compte figurent l’environnement concurrentiel et réglementaire, les barrières commerciales, les préférences des consommateurs et la faisabilité de la chaîne d’approvisionnement. Bien que l’AECG ait allégé de nombreuses restrictions commerciales, des réglementations sectorielles spécifiques peuvent encore s’appliquer. Une étude de marché approfondie et une analyse de faisabilité vous permettront de déterminer la meilleure approche à adopter et d’élaborer une feuille de route pour réussir durablement en Europe.

Développez votre réseau

Un réseau solide est la pierre angulaire de toute expansion transfrontalière : il permet à la fois de réaliser une analyse pertinente du marché et de garantir une implantation harmonieuse sur le terrain. Les experts ont souligné l’importance de collaborer en amont et régulièrement avec les chambres de commerce, les délégations commerciales à l’étranger et les ambassades, autant de relais précieux pour décrypter l’environnement commercial local, les exigences réglementaires et les tendances sectorielles. Exportation et développement Canada (EDC) a été mis de l’avant comme une autre ressource clé, proposant des solutions de financement, des outils de gestion des risques et des analyses de marché afin d’aider les entreprises canadiennes à évaluer leurs options.

Dès lors que la décision d’expansion est prise, constituer un réseau local devient essentiel. Barbara Carmona Venancio, représentante principale au Canada de CaixaBank S.A. et vice-présidente de la Chambre de commerce espagnole au Canada, a cité les salons professionnels sectoriels comme d’excellentes plateformes pour rencontrer des partenaires, des distributeurs et des contacts industriels potentiels susceptibles d’apporter un soutien sur le terrain et une expertise locale. Établir une relation avec une banque européenne est tout aussi important et constitue généralement un prérequis pour effectuer des transactions financières, obtenir des lignes de crédit et gérer les opérations commerciales quotidiennes.

Choisissez votre structure d’entreprise

Le choix de la forme juridique appropriée de votre entreprise est une décision qui peut influencer divers aspects : imposition, conformité réglementaire et flexibilité opérationnelle, entre autres. Le Dr Lars-Gerrit Lüßmann, associé et cochef de Gowling WLG Allemagne, a souligné qu’il n’existe pas d’approche universelle : chaque entreprise doit évaluer ses objectifs, sa tolérance au risque et sa stratégie à long terme avant de choisir la voie la plus adaptée.

Les entreprises qui souhaitent s’implanter en Europe disposent de plusieurs options : acquisition, coentreprise, ouverture d’une succursale ou d’une filiale indépendante, chacune présentant des avantages et des défis spécifiques. L’acquisition offre un accès immédiat au marché, mais exige une vérification diligente, tandis que les coentreprises ou partenariats mixtes offrent une expertise locale avec un partage des risques. Une succursale conserve des liens juridiques avec la société mère canadienne, mais peut être soumise à des contraintes fiscales et en matière de responsabilité, tandis qu’une filiale offre une autonomie complète, mais doit respecter des obligations réglementaires accrues. Comme toujours, le choix optimal dépend entièrement de la situation et des objectifs de votre entreprise.

Respectez la réglementation à la lettre

« Vue de l’extérieur, l’Europe peut sembler excessivement bureaucratique », reconnaît Dr Lüßmann, tout en soulignant que la Commission européenne travaille actuellement à réduire les formalités administratives dans des secteurs ciblés afin d’attirer davantage d’investissements internationaux.

Malgré ces réformes, les entreprises actives en Europe doivent rester vigilantes face à la complexité et à la rigidité du régime réglementaire de l’UE, notamment dans les domaines de la protection des données et de l’environnement, et du droit du travail. Dr Lüßmann a également souligné l’existence du cadre de l’UE pour le filtrage des investissements étrangers directs, conçu pour protéger des secteurs stratégiques comme l’infrastructure, la défense et les services financiers. Pour maîtriser ces enjeux il faut effectuer des recherches, se préparer en amont et bénéficier d’une expertise locale. Mais pour les entreprises prêtes à s’adapter, le marché européen recèle un grand potentiel et demeure particulièrement attractif.

Parlons-en ensemble

Avec la bonne approche, les entreprises canadiennes peuvent s’implanter durablement et avec succès sur l’un des marchés les plus dynamiques au monde. Avec des bureaux répartis partout au Canada ainsi qu’en Allemagne et en France et forts d’une expertise juridique sectorielle pointue, notre équipe peut vous aider à tirer le meilleur parti des occasions d’affaires à l’étranger. Communiquez avec les auteurs aujourd’hui pour en discuter.