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Cet article paraît dans notre guide Perspectives du secteur de la défense – 2026, qui explore les grandes tendances au sein des secteurs canadiens de l’aérospatiale et de la défense. Lisez notre analyse et téléchargez notre guide ici.
Le 17 février 2026, le premier ministre Mark Carney a annoncé la Stratégie industrielle de défense du Canada (la « stratégie »), un cadre d’orientation fondamental qui englobe la défense nationale, la sécurité économique et la croissance industrielle du Canada. La stratégie repose sur le point de vue du gouvernement selon lequel la souveraineté, la capacité d’intervention militaire et la prospérité économique à long terme du pays dépendent de l’existence de solides assises technologiques et industrielles en ce qui a trait à la défense nationale.
L’idée selon laquelle la capacité de défense et la vigueur économique se renforcent mutuellement est au cœur de la stratégie[1]. L’investissement pour la défense est non seulement considéré comme essentiel pour équiper et soutenir les Forces armées canadiennes (FAC), mais aussi comme un catalyseur de productivité, d’innovation, de création d’emplois à forte valeur et de résilience de la chaîne d’approvisionnement. Dans ce contexte, l’approvisionnement en matière de défense est envisagé comme un signal de demande à long terme envoyé au secteur plutôt que comme une série d’investissements distincts.
La stratégie définit les cibles précises que le gouvernement compte atteindre au cours des dix prochaines années, notamment :
Pour y parvenir, le gouvernement prévoit des investissements de 180 milliards de dollars dans l’approvisionnement en matière de défense, des investissements d’environ 290 milliards de dollars dans l’infrastructure de défense et des retombées économiques en aval de 125 milliards de dollars d’ici 2035, soit un total de plus de 500 milliards de dollars injectés dans l’économie canadienne.
Pour atteindre ces cibles, la stratégie s’articule autour de cinq principaux piliers :
En ce qui concerne ce pilier, le gouvernement s’engage à changer fondamentalement son mode de travail avec les entreprises canadiennes du secteur de la défense[2]. Le secteur est perçu comme un partenaire à long terme dans le renforcement et le maintien des Forces armées canadiennes, plutôt qu’un fournisseur dans le cadre de transactions, répondant à des demandes d’approvisionnement données en matière de défense. La stratégie reconnaît que les approches passées en matière d’approvisionnement ont créé de l’incertitude, découragé les investissements et limité la capacité des sociétés canadiennes à prendre de l’expansion.
Le gouvernement indique son intention d’envoyer des signaux plus clairs et prévisibles concernant la demande, de faire appel au secteur plus tôt et de réduire le fardeau réglementaire, surtout pour les petites et moyennes entreprises. Ce pilier est étroitement lié à la création de nouvelles institutions et de mécanismes de communication visant à instaurer un dialogue normalisé continu entre le gouvernement et l’industrie.
Engagements principaux prévus à la stratégie :
Ce pilier instaure le changement le plus important en matière de politique d’approvisionnement en défense en désignant officiellement le cadre construire–collaborer–acheter en tant que cadre de gouvernance s’appliquant à toutes les acquisitions futures en matière de défense[3]. Selon cette approche, le Canada privilégiera la construction au pays en misant sur les secteurs déjà bien développés et renforcés ou sur les capacités jugées essentielles à la préservation de la souveraineté du Canada, en accordant la priorité aux sociétés, à la fabrication et à la propriété intellectuelle (PI) canadiennes.
Lorsqu’il ne dispose pas des capacités nécessaires au pays ou si la collaborer avec des tiers constitue un avantage stratégique, le Canada établira des partenariats avec des alliés de confiance sous forme d’ententes de co-développement, de production conjointe ou de soutien mutuel. Ce n’est que s’il est impossible pour le Canada de construire au pays ou de conclure un partenariat avec un allié, qu’il fera des acquisitions auprès de ce dernier, et si c’est le cas, ce sera sous réserve de conditions visant à assurer un réinvestissement au Canada, une capacité de soutien logistique à long terme et un contrôle souverain sur l’exploitation des biens et des technologies importantes.
Engagements principaux prévus à la stratégie :
Ce pilier reflète l’opinion du gouvernement selon laquelle la capacité de défense future du pays sera déterminée par l’innovation dans des domaines donnés : l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les technologies quantiques, l’espace, les systèmes sans équipage et la fabrication de matériaux de pointe[5]. La stratégie souligne la nécessité de mieux adapter l’écosystème canadien de recherche en fonction des priorités en matière de défense et d’accélérer le passage de la recherche au déploiement.
La commercialisation, la mise à niveau, le développement et la capacité d’exportation sont les principaux enjeux du gouvernement. La stratégie considère aussi la propriété intellectuelle comme un atout stratégique, affichant une nette préférence pour tout ce qui est proprement canadien et l’accès souverain à la propriété intellectuelle en matière de défense.
Engagements principaux prévus à la stratégie :
Ce pilier fait de la résilience de la chaîne d'approvisionnement un impératif de sécurité nationale[6]. La stratégie souligne les risques que représentent les perturbations mondiales en matière d’approvisionnement et la dépendance vis-à-vis de l’étranger pour des matériaux, composants ou intrants énergétiques essentiels et vise à reconstruire la capacité de production au pays dans des domaines prioritaires. La disponibilité de la main-d’œuvre est aussi abordée en tant que problème de la chaîne d'approvisionnement, et des liens explicites sont établis entre croissance industrielle, perfectionnement des compétences et mobilité de la main-d’œuvre.
Engagements principaux prévus à la stratégie :
Le dernier pilier souligne le fait que la croissance industrielle du secteur de la défense nécessite une approche qui tient compte de l’ensemble du pays. La stratégie vise à assurer une coordination plus étroite entre les provinces, les territoires et les détenteurs de droits autochtones afin de mettre en adéquation l’infrastructure, le perfectionnement de la main-d’œuvre et les investissements industriels. Une grande importance est accordée au Nord canadien et à l’Arctique, où les investissements en défense sont considérés à la fois comme une nécessité en matière de sécurité et des occasions de développement économique, en particulier dans l’infrastructure à double usage[7].
Cette collaboration s’inscrit dans l’atteinte des objectifs établis dans la Politique étrangère du Canada pour l’Arctique, publiée en décembre 2024, tel que nous l’indiquons dans nos Prévisions pour le secteur de la défense 2025 (en anglais).
Engagements principaux prévus à la stratégie :
Marquant un tournant stratégique décisif, la stratégie industrielle de défense du Canada est passée du stade d’intention à celui d’exécution opérationnelle. Tel qu’énoncé par le gouvernement, l’objectif est de centraliser davantage les décisions en matière d’approvisionnement et d’investissement liées à la défense, et de le faire de manière plus délibérée, plus rapide et plus conforme aux objectifs industriels à long terme. Le renforcement des capacités du pays, le contrôle souverain sur les technologies essentielles, la résilience de la chaîne d'approvisionnement et l’état de préparation de la main-d’œuvre devraient jouer un rôle encore plus important dans la façon dont les contrats d’approvisionnement sont conçus, évalués et accordés.
Pour les sociétés des secteurs de la défense, de l’aérospatiale et des technologies à double usage, cette stratégie constitue une feuille de route précieuse : elle indique comment renforcer leurs relations avec le gouvernement. En effet, les sociétés qui visent les capacités de construction au Canada seront les mieux placées pour en bénéficier. Les entreprises capables d’orienter leurs stratégies en matière d’investissement, de gouvernance et de croissance selon ces priorités seront celles qui pourrons profiter d’occasions d’affaires à mesure que les engagements dans le cadre de la stratégie se concrétiseront dans les dix prochaines années.
[1] Gouvernement du Canada, Sécurité, souveraineté et prospérité : La Stratégie industrielle de défense du Canada (février 2026), p. 5 à 9.
[2] Gouvernement du Canada, Sécurité, souveraineté et prospérité : La Stratégie industrielle de défense du Canada (février 2026), p. 11.
[3] Gouvernement du Canada, Sécurité, souveraineté et prospérité : La Stratégie industrielle de défense du Canada (février 2026), p. 13.
[4] Pour en savoir plus à ce sujet, il est suggéré de lire l’article « Politique des retombées industrielles et technologiques : Ce que les fournisseurs du secteur de la défense devraient surveiller » de J. Suri et P. Pilote.
[5] Gouvernement du Canada, Sécurité, souveraineté et prospérité : La Stratégie industrielle de défense du Canada (février 2026), p. 23.
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