Le 16 septembre 2026, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen à Strasbourg, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a invité le Canada de façon inédite, exprimant son souhait de travailler avec le premier ministre Mark Carney pour ouvrir la voie au Canada, qui deviendrait le premier membre associé de l’UE.

Le premier ministre Carney a accueilli favorablement la proposition, se levant pour étreindre Mme von der Leyen sous une ovation debout de l’assemblée. Le 17 septembre, le premier ministre Carney a pris la parole devant le Parlement européen, confirmant l’engagement du Canada à poursuivre ce que l’on appelle une « Alliance pour l’avenir ». Des négociations sont attendues, les parties visant à aller au-delà de l’Accord économique et commercial global (AECG) actuel pour établir un espace élargi de prospérité commune et de sécurité économique.

Contexte

Le premier ministre Carney a précisé que le Canada ne cherche pas à devenir membre à part entière de l’Union européenne, mais qu’il poursuit plutôt ce qu’il a qualifié d’« alliance unique » avec celle-ci. Jonathan Wilkinson, désigné pour être le prochain ambassadeur du Canada auprès de l’UE, a fait savoir que les deux parties souhaitent avant tout obtenir des résultats concrets dans des secteurs ciblés et qu’elles sont toujours à la recherche du terme approprié pour ce partenariat renforcé. On s’attend à ce que les modalités soient annoncées lors du Sommet Canada-UE à Montréal, les 29 et 30 octobre 2026.

Une démarche qui s’appuie sur des accords bilatéraux

La proposition de statut de membre associé repose sur des assises solides, qui ne cessent de s’élargir. Depuis 18 mois, le Canada a signé plusieurs accords bilatéraux avec divers pays européens, renforçant ainsi ses liens stratégiques dans l’ensemble du continent. L’hypothèse d’un statut de membre associé officiel pourrait, en partie, offrir un moyen plus efficace de gérer le réseau de nouvelles relations stratégiques nées de l’évolution du contexte géopolitique.

En voici quelques exemples clés :

  • Allemagne :

    en juillet 2026, le premier ministre Carney et le chancelier allemand Friedrich Merz ont annoncé le lancement de négociations en vue de la conclusion d’un accord de partenariat stratégique entre le Canada et l’Allemagne dans les domaines de la sécurité et de la défense, de la technologie, de l’intelligence artificielle et de l’espace, des chaînes d’approvisionnement et des minéraux critiques, de l’énergie et de l’investissement, l’objectif étant de finaliser l’accord d’ici la fin de l’année. Cette annonce fait suite à un partenariat sur les minéraux critiques et l’énergie, annoncé lors de la visite du premier ministre Carney à Berlin en août 2025. En décembre 2025, les deux pays ont également lancé l’Alliance numérique Canada-Allemagne afin de favoriser la collaboration bilatérale en intelligence artificielle, en infrastructures numériques, en souveraineté numérique, en technologies quantiques et dans des domaines connexes.

  • Espagne :

    en septembre 2025, le Canada et l’Espagne ont signé un accord sur la sécurité générale de l’information, établissant le cadre nécessaire à l’échange de renseignements classifiés liés à la défense et à la sécurité entre les deux pays. En décembre 2025, les deux pays ont publié une déclaration commune visant à doubler les échanges commerciaux bilatéraux, en mettant l’accent sur la sécurité économique, les minéraux critiques, l’énergie propre, la fabrication de pointe et la coopération dans le domaine de la défense. En mai 2026, le Canada et l’Espagne ont signé un protocole d’entente pour faire avancer la coopération en matière d’intelligence artificielle.

  • Italie :

    en octobre 2025, le Canada et l’Italie ont lancé un premier dialogue bilatéral sur l’énergie en marge de la réunion des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7, faisant suite à une déclaration commune du premier ministre Carney et de la présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni. Ce dialogue porte sur les minéraux critiques, l’énergie nucléaire, le GNL et la sécurité énergétique. L’Italie et le Canada ont également signé une déclaration commune sur la coopération en matière de minéraux critiques et de matières premières critiques, et ont adopté une feuille de route pour une coopération renforcée.

Prises ensemble, ces ententes bilatérales témoignent de l’ampleur et de la profondeur de la réorientation stratégique du Canada vers l’Europe, et donnent à penser qu’un cadre plus complet pourrait être justifié.

Principaux secteurs et industries visés

Le partenariat proposé couvre un large éventail de secteurs qui présenteront un intérêt considérable pour les entreprises actives au Canada et dans l’UE, dont les suivants :

  • Énergie
  • Minéraux critiques et batteries
  • Intelligence artificielle et informatique quantique
  • Défense et sécurité
  • Fabrication de pointe et technologie

Selon certaines informations, les deux parties négocient des ententes qui permettraient la libre circulation des biens, des services et des travailleurs dans les principales chaînes d’approvisionnement stratégiques, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’IA, de la défense et des minéraux critiques. Si elle se concrétise, cette entente élargirait certains aspects du cadre du marché unique de l’UE de manière à y inclure le Canada dans ces secteurs. Cette entente pourrait favoriser une plus grande intégration des marchés, alors que les alliés s’efforcent d’atteindre les objectifs de dépenses de l’OTAN et de protéger la souveraineté numérique.

Sur le plan des échanges entre citoyens, le premier ministre Carney maintient un dialogue régulier avec de hauts responsables européens afin d’explorer la possibilité que les Canadiens puissent vivre et travailler sans visa dans l’UE. Ottawa serait aussi déjà en pourparlers avec Bruxelles au sujet de la participation du Canada au programme d’échanges Erasmus+ et aux subventions de recherche Horizon Europe, ainsi que sur des cadres de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles.

Ce qu’il faut en retenir pour les entreprises

Pour les entreprises canadiennes, l’alliance proposée représente une ouverture potentiellement transformatrice sur le marché unique de l’UE, le plus vaste au monde, dans les secteurs de l’énergie, des minéraux critiques, de la défense et de la technologie. Les entreprises de ces secteurs auraient intérêt à suivre de près le Sommet Canada-UE à Montréal en octobre afin d’obtenir des détails concrets sur l’accès aux marchés, l’harmonisation réglementaire et les occasions d’approvisionnement.

Du côté des entreprises et investisseurs européens, cette entente pourrait grandement simplifier l’accès au marché canadien, en particulier dans les secteurs stratégiques où les deux parties cherchent à bâtir des chaînes d’approvisionnement résilientes, moins dépendantes des États-Unis. L’harmonisation proposée des politiques industrielles et l’éventuelle reconnaissance mutuelle des qualifications pourraient réduire les frictions réglementaires pour les entreprises européennes qui s’établissent ou élargissent leurs activités au Canada.

Regard vers l’avenir

Il faut souligner que d’importants obstacles pratiques subsistent. Le statut de « membre associé » n’existe pas encore dans la gouvernance de l’UE, et des questions clés demeurent sans réponse, dont celle de savoir si le Canada disposerait d’un droit de vote au sein des institutions de l’UE. L’AECG lui-même offre à cet égard un exemple révélateur. Bien que conclu il y a plus de dix ans et appliqué à titre provisoire depuis neuf ans, l’accord s’est heurté à une résistance politique soutenue dans certaines régions d’Europe et demeure non ratifié par plusieurs États membres de l’UE. Tout cadre d’intégration plus poussée exigera probablement un temps considérable, tant pour la négociation que pour la mise en œuvre.

Le Sommet Canada-UE, qui se tiendra à Montréal en octobre, devrait être l’occasion d’annoncer des modalités plus détaillées du partenariat. Le premier ministre Carney devrait également rencontrer le président français Emmanuel Macron le 20 septembre, à Saint-Pierre-et-Miquelon, un territoire français d’outre-mer situé au large des côtes atlantiques du Canada et le territoire européen le plus proche du Canada. Le choix de ce lieu revêt une forte portée symbolique, illustrant la proximité géographique et stratégique qui fait d’une intégration plus poussée entre le Canada et l’UE une proposition toute naturelle. Cette visite marquerait également la première visite officielle d’un premier ministre canadien en exercice dans cet archipel.

Gowling WLG continuera de suivre de près l’évolution de ce dossier. Nos équipes, tant au Canada qu’en Europe, sont bien placées pour conseiller les clients qui doivent composer avec les répercussions juridiques, réglementaires et commerciales de ce partenariat en constante évolution. Pour toute question sur les répercussions possibles de ces faits nouveaux sur votre entreprise, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller chez Gowling WLG.